J'avais déjà un bon souvenir à partager avec cette fameuse journée de décembre 99, où la tempête avait bloqué les lignes de chemin de fer et où ma sœur et moi étions restées bloquées dans un train en gare de Mulhouse de 10h du matin à 20h le soir, sans chauffage, sans ravitaillement, jusqu'à un rapatriement en car et un retour au bercail à 23 heures passées...mais bon, la situation était extrême, ils avaient une excuse.
Hier, même trajet Vesoul-Strasbourg via Mulhouse, censé être réglé en deux heures et des patates. On l'a fait en quatre heures, c'est pas si terrible. La question est CE QU'IL S'EST PASSÉ en quatre heures...
Deux informations vitales avant de lire nos merveilleuses péripéties:
1: Violette ne supporte pas plus de dix minutes de trajet en voiture. Et encore, ça dépend des jours. Au-delà du temps imparti, vous pouvez détailler tout ce qu'elle a mangé ou bu dans les quatre heures précédant le départ. Mit parfum d'ambiance.
2: On venait de passer une nuit blanche: cauchemars et inondation pour la grande, hurlements et fuites pour la petite, qui du coup s'est dit que vu qu'à 3h30 du matin elle avait été changée de pied en cap, c'était une bonne occasion pour faire un peu la fête. Jusqu'à 6h du mat'. T_T
3: On voyage léger: juste les affaires pour le trajet, vu que ma mère rentre le lendemain en voiture avec le gros sac de fringues, trousses de toilettes et compagnie...
Bref.
On arrive en voiture à la gare de Vesoul, tranquille (moins de dix minutes de trajet, brumisateur d'eau d'un côté, fenêtres grandes ouvertes de l'autre).
On monte dans le train, un peu bondé. Vu qu'on a réservé pour une famille de quatre, si possible dans le sens de la marche, on est dispersés sur des fauteuils simples, à contresens. Logique.
(il y a bien sûr plein de tables de quatre avec des gens seuls. Bah voui.)
On pose notre barda, Ernestine dans le sac à dos, Violette et son sac, le sac de bouffe, le sac de survie (livres, coloriages, doudous, couches...) et c'est parti.
Peu après notre départ, notre voisine de fauteuil passe un coup de fil pour dire que pour l'instant ça va, pas de ralentissement. Gn. On sent le coup fourré, là.
Elle nous explique qu'un train de marchandise a pris feu à Belfort. Elle espère que c'est APRÈS Belfort, comme ça elle arrivera à bon port. Ha ha. Sauf que nous on continue, normalement, APRÈS Belfort.
On reste calme, on attend. Arrivée à Belfort, des gens descendent, des gens montent. Annonce haut-parleur: tous les trains sont bloqués pour un temps indéterminé. Bah tiens, c'est maintenant qu'ils le disent. Ils auraient prévenu à Vesoul, on ne serait pas montés dans le train, tiens.
On essaie de choper un contrôleur qui passe le plus vite possible dans l'allée pour qu'on ne lui demande rien (limite il court, le bougre!). Il nous dit qu'il ne sait rien, qu'il ne peut rien dire, qu'on peut repartir dans dix minutes ou jamais (!!!) mais que d'après lui ça va se finir par une navette en car (souvenirs, souvenirs...). Là, on stresse. (voir information n°1)
Après un temps d'attente dans le train (plein soleil, pas de clim) puis sur le quai (rien pour s'asseoir, gens énervés, informations contradictoires d'un contrôleur à un chef de gare) on nous dit de prendre le car jusqu'à Altkirch (!!) puis une navette jusqu'à Mulhouse pour reprendre notre train normal. Hum.
Pour ceux qui ne connaissent pas le mal des transports, je rappelle qu'à côté du car, la voiture c'est byzance. Le car, c'est le degré maximum sur l'échelle du vomi. Gn.
Quelques secondes d'espoir quand le monsieur à casquette nous dit que vu qu'on est cinq (oncle Bobby nous accompagne) avec des enfants, il peut peut-être nous avoir un taxi. (=moins pire)
Mais en fait non, c'était juste pour rire. Ha ha. Ha ha. Ha ha. Assez ri.
On monte donc dans le car. Plus de place à l'avant, of course. On se retrouve tout au fond, sur la banquette surélevée, la où ça bouge le plus. On aperçoit, en passant, le train accidenté à l'origine de toutes nos mésaventures: un train de bagnoles (ha ha, isn't it ironic?) avec juste un wagon carbonisé. Complètement éteint, qui ne fume même plus. Pourquoi est-il encore au milieu des voies??? Mystère...
On feinte Violette au maximum en surjouant les parents hyper enthousiastes "Oh, regarde, t'as la meilleure place, tu vois tout par ta petite fenêtre, t'es au-dessus des voitures, c'est trop cool!"
...Sauf qu'en fait c'est pas trop cool du tout. Non seulement ça bouge à mort avec des mouvements de gauche à droite et de haut en bas, mais en plus le chauffeur ne connaît pas l'autoroute. Bah oui, c'est tellement plus bucolique de passer par tous les petits bleds du coin, leurs virages en épingle à cheveu et leurs petites collines environnantes...
Ernestine est fatiguée, mais elle ne dort pas, elle braille...en se tordant dans tous les sens. Cool, comme ça on sait que la deuxième a le même problème que la première.
Revenons à la première, d'ailleurs. Passée l'euphorie des "Oh, le beau toboggan!" et "Oh! L'arbre avec les fleurs jaunes!" on a droit à l'inéluctable "Je me sens pas bien..."
OK.
Sortons l'artillerie lourde. Brumisateur. Sirop homéopathique. Fermage de rideau. (oui, le mal des transports est souvent provoqué par la vision du paysage qui défile, une histoire d'oreille interne, tout ça...)
Je commence vaguement à chercher un lange, au cas où, et un sachet plastique, il vaudrait mieux. Sauf qu'on n'en a pas. Bon. Mon optimisme me souffle qu'on va peut-être pouvoir s'en passer...
Beuuuuâââââârgh!!!
Ah non, tiens.
La cata. On est coincés entre deux banquettes et Violette est recouverte d'un mélange saucisse-palette fumée-danette bicolore bien épais de la tête aux pieds. Argh.
Pas de sachet.
Un pauvre paquet de lingettes pour le change de la petite sœur.
Pas de fringues de rechange. (voir info n°3). Argh.
Je demande à la cantonade si quelqu'un a un sachet mais tout le monde s'en fout, chacun sa merde. Cool.
On déshabille la pauvrette blanche comme un linge, hop! à poil dans le car, ou presque. Lavage à la lingette, frottage de son caleçon à la lingette puis ré-enfilage (pas le choix). Exit les fringues pleines de vomi dans un shopping bag de secours, enfilage d'un t-shirt de la petite sœur. (Pour rappel, la petite porte du 24 mois et la grande du 6 ans. Stylé.)
Le reste du trajet (trop long) se passe tant bien que mal, et on arrive à Altkirch. On remballe notre souk, on essaie de nettoyer comme on peut le siège et le sol avec des lingettes et on s'apprête à descendre quand...le car redémarre. Blague. Il avait pas vu que tout le monde n'était pas descendu. Ha ha. C'est vrai qu'à cinq dont un bébé en sac à dos, on est super discrets.
On pousse une gueulante, il s'arrête, on descend. On le voit s'apprêter à nettoyer le carnage avec un rouleau d'essuie tout. Cet homme est un génie.
Bref.
On va sur le quai de la gare, on attend comme tout le monde. Un suppositoire arrive (TER), on monte. On attend. C'est une navette exceptionnelle Altkirch-Mulhouse mais elle attend quand même au cas où d'autres gens voudraient la prendre. Mouais. On commence à stresser pour notre correspondance à Mulhouse. On a loupé depuis longtemps le train normal, on devrait limite être déjà chez nous, mais si on rate cette correspondance, plus de train avant 20h30.
Le contrôleur nous assure que ça devrait aller et nous dit qu'on nous distribuera, à la sortie du train, des feuilles pour la demande de remboursement, vu le bintz.
Petit détail que j'ai oublié de préciser, une grève SNCF commence à 20h. Ha ha ha. Tout est possible, vous dis-je!
On est épuisés, on n'en peut plus (voir info n°2), et le caleçon de Violette diffuse autour de nous un doux relent de potée-chocolat-bile. Joie.
Le train démarre, on arrive à Mulhouse, on cherche le quai de notre train, on attend. Les filles chouinent, elles sont sur les rotules. Violette réclame du saucisson à l'ail. Iiik.
On monte dans le train, on pose nos fesses, Violette dessine et colorie, Ernestine hurle. Elle veut des feutres. OK. Ernestine dessine et colorie. Ernestine change de couche. Ernestine veut marcher dans le train. Ernestine veut boire. Tout ce qu'Ernestine veut, il FAUT le faire. À moins que vous ayez des tympans en acier trempé. Et les nerfs qui vont avec. Or à ce moment-là de la journée, on n'est plus super combattifs (adieu grands principes pédagogiques) et on n'a pas envie de se faire frapper par les autres voyageurs.
Bref.
On arrive enfin à Strasbourg, ramassage du barda, Ernestine dans le sac à dos malgré ses protestations en version supersonique.
On marche jusqu'à la station de tram. Violette trébuche de fatigue tous les trois pas. 17 minutes d'attente.
On attend. On monte. On roule. On descend. Changement de tram. On remonte. On roule. On redescend. On marche. On arrive.
Violette dans la douche, lavage des fringues encroûtées au karcher dans la baignoire. Couchage du monstre. Repas de la malade. Lessive en route.
Out.
Le prochain qui me dit que le mal des transports, c'est psychologique, je lui mets la tête dans le vomi. Si si.
Le prochain qui me dit que c'est facile de ne pas passer son permis et de ne pas avoir de voiture, que ça fait une bonne excuse pour ne pas se déplacer, il rejoint le premier.
SNCF, à nous de vous faire préférer le train.
LOL.